VIVIAN MAIER – lA PLUS CELEBRE INCONNUE DE LA PHOTOGRAPHIE

Si vous intéressez à la photographie et plus encore aux photographes, il est quasi improbable que vous n’ayez pas vu, lu ou entendu le nom de Vivian Maier.

@Vivian Maier

Passée en quelques années du statut d’illustre inconnue au rang d’artiste mondialement reconnue, Vivian Maier n’en demeure pas moins une énigme.

Essayons de répondre à la question « C’est qui ou plutôt c’est quoi Vivian Maier ? ».

Pourquoi cette ambiguïté dans ma question ?

Parce qu’au fil de tout ce que j’ai pu découvrir sur cette artiste, il y a finalement assez peu d’éléments factuels qui permettent de répondre à la question « c’est qui… ».

En effet, et on va y revenir en détaillant certains de ces éléments factuels, il est beaucoup question d’interprétation sur sa vie mais plus encore sur son comportement, son caractère, ses envies. Une seule certitude évidente, Vivian Maier était une passionnée de photographie.

@Vivian Maier

Voyons donc un peu la première histoire de Vivian Maier.

Elle est née à New-York le 01 février 1926 d’un père Américain d’origine austro-hongroise (Charles Maier) et d’une mère française (Marie Joussaud) issues tous deux des vagues d’émigrants venus chercher une vie meilleure aux Etats-Unis au début du XXème siècle.

Marie, enfant illégitime est venue rejoindre sa mère Eugénie qui travaille comme cuisinière pour de riches familles de la société new-yorkaise. (Elle est née en 1881 et est arrivée à NY à 20 ans).

Le couple a un premier enfant en 1920 (Carl, Karl ou Charles. Le prénom changeant selon les différents papiers d’identité retrouvés) puis une fille, Vivian, en 1926.

Les relations familiales sont difficiles. Le père serait violent, alcoolique et joueur tandis que Marie est décrite comme menteuse, irresponsable et fainéante par sa propre mère. Séparations et retrouvailles se succéderaient jusqu’en 1932 où Vivian et sa mère retourne en France à St Julien en Champsaur, pays d’origine de la famille de Marie (sans le mari et sans le fils).

Vivian, qui parle français, y vivra a priori une enfance heureuse parmi ses cousins.

Vivian Maier et sa mère

Elles vivent d’abord chez Marie Florentine, la sœur d’Eugénie avant d’emménager dans un village, toujours en Champsaur, à St Bonnet. Détail important, c’est à ce moment (sans qu’on sache pourquoi) que Marie Florentine désignera Vivian comme son unique héritière…

Le 1er Aout 1936, elles embarquent à bord du Normandie pour revenir à New-York. Retrouvailles avec Charles Jr mais pas avec le mari et père…

Le Normandie à New York (© : SNTP / COLLECTION CHANTIERS DE L’ATLANTIQUE)

Marie n’étant pas très travailleuse, il semble que la famille doit beaucoup à Eugénie et à la mère de Charles Maier (qui s’entendent aussi bien qu’elles dénigrent leurs propres enfants). A cette époque, Vivian sera amenée à fréquenter Jeanne Bertrand, amie de sa grand-mère Eugénie et photographe mondaine expérimentée.

Jeanne Bertrand

Vivian qui semble ne pas suivre une scolarité « normale » doit réapprendre la langue américaine, fréquenterait les musées, peut-être les coulisses du cinéma où son père travaille. La vie familiale semble peu harmonieuse et cela joue probablement sur son habitude de « déambuler » dans les rues…

Vivian aurait travaillé alors comme vendeuse (c’est la profession qu’indiquera son passeport lorsqu’elle retournera en France quelques années plus tard) mais aussi dans une fabrique de poupées.

On sait peu d’autres choses certaines sur ces années 40 hormis le fait que son frère connait de nombreux soucis judiciaires, psychiatriques et de drogues.

En 1948, elle rentre en France pour effectuer la vente de la propriété que lui a léguée sa grande tante Marie Florentine.

Elle y passe 18 mois et on sait qu’elle parcourt le pays en prenant de nombreuses photos (avec un ou deux appareils Kodak). Il semblerait même qu’ayant fait développer certaines images chez un photographe local, elle envisage de développer une affaire de cartes postales. Il n’y aura pas de suite…

Vivian Maier en Champsaur

Le 16 avril 1951, c’est le retour à New-York où elle décide de devenir nanny (nourrice). Elle sera pendant 5 ans au service d’une famille de Southampton avant de partir définitivement pour Chicago en 1956.

Débute alors pour elle une vie de photographe ambulante puisqu’elle profitera de sa vie avec les enfants pour parcourir les rues et photographier avec avidité le monde qui l’entoure.

Très éclectique, elle sera photographie les scènes de la rue, des paysages, des portraits. Elle recherche les contacts avec les professionnels, suit les policiers sur les faits divers, joue les paparazzi sur des lieux de tournage ou d’évènements mondains.

C’est en 1952 qu’avec une partie du pécule restant de sa succession, elle fait l’acquisition de son premier Rolleiflex, appareil photographique alors considéré comme professionnel. Avait-elle alors l’intention de se lancer en tant que tel dans la photographie ?

Grâce aux « documents » retrouvés dans ses « archives », on sait qu’elle fréquente les expos du Moma (Museum of Modern Art), connait parfaitement le travail des grands photographes de l’époque (Robert Franck, Ansel Adams, Walker Evans, Bérénice Abbott), achète (et conserve) des livres et des revues sur la photographie.

On peut affirmer sans se tromper que loin de l’image « amateur » qu’on veut parfois lui prêter, elle avait une très grande connaissance de la photographie.

A Chicago, elle entre chez la famille Gensburg pour qui elle travaillera 11 années et qui sera sans aucun doute la famille à laquelle elle restera la plus attachée. Peut-être la seule ?…

La famille Gensburg

Elle dispose d’une chambre et d’une salle de bain privées. Cette dernière lui sert de laboratoire photos.

Vivian Maier n’est pas une sédentaire, elle aime voyager. Dans les années 1950, elle visite ainsi Chicago bien sûr mais aussi le Texas, la Floride, La Californie, le Canada et l’Amérique du Sud.

En 1959, en accord avec les Gensburg, elle entreprend un Road Trip de 9 mois. On sait aujourd’hui qu’en définitive, elle visitera le Yémen, L’Egypte, la Thaïlande, le Vietnam, l’Inde avant de finir par l’Europe et la Vallée du Champsaur où elle n’aurait pas reçu l’accueil chaleureux auquel elle s’attendait. Elle n’y reviendra plus jamais…

Jusqu’en 1972, elle reprendra son activité de nourrice chez les Gensburg. Les enfants devenus grands, toujours à Chicago, elle ira de familles en familles exigeant à chaque fois de venir avec sa vie entassée dans des cartons et mettant un cadenas à sa chambre où il est interdit de rentrer.

C’est à cette époque qu’elle aurait décidé de passer à la photographie couleur en achetant un Leica et un appareil Kodak (On trouve parfois 1990 comme date de passage à la couleur). Faute de moyens ( ? ) les rouleaux s’entassent alors sans jamais plus être développés.

A la fin des années 1990, elle connaît des difficultés à trouver du travail et doit se résoudre à louer un petit appartement.

Sa vie qu’elle a accumulée dans d’innombrables cartons va ainsi aller de gardes meubles en gardes meubles. Connait-elle des difficultés financières ? Peut-être même si l’on sait qu’à la fin de sa vie son compte en banque comportait 6240$…

Toujours est-il que les fils Gensburg l’avaient finalement retrouvée, installée dans un agréable appartement à Rodgers Park au bord du lac Michigan et continuaient de veiller sur elle.

En décembre 2008, elle chute sur une plaque de verglas, se blesse à la tête. Hôpital puis maison de retraite médicalisée trouvée par les Gensburg. Elle s’y éteint le 21 avril 2009 à l’âge de 83 ans.

Son extraordinaire nouvelle vie va alors commencer !

En fait, c’est un peu faux. Cette seconde vie a déjà commencé. Elle ne le sait pas, elle ne le saura jamais mais celui qui sera à l’origine de celle-ci l’ignore également !

Nous sommes en hiver 2007. Faute à une lettre envoyée par le garde meuble qui conservait ses cartons, ces derniers se sont en effet retrouvés dans une salle des ventes pour une mise aux enchères.

Cette salle des ventes se trouve non loin de Portage Park à Chicago. C’est le quartier de John Maloof, un jeune agent immobilier de 25 ans qui souhaite écrire un livre sur le secteur Du North West Side Chicago.

Maloof vs Maier

Ayant appris la mise en vente de lots où figureraient des photos et des négatifs, il fait l’acquisition de cartons où se trouvent environ 30.000 négatifs pour 380 $.

Les autres lots sont acquis par Ron Slattery et Randy Prow.

N’ayant rien trouvé d’intéressant pour son livre, il aurait remisé les cartons dans un placard.

La « légende » veut qu’il aurait quand même décelé un intérêt pour les photos et que c’est pour ça qu’il les aurait ressorties un peu plus tard.

On peut aussi imaginer qu’il a cherché un moyen de récupérer ses 380 € d’origine.

Il décide donc de scanner certaines photos et de les mettre sur EBAY.

Si Ron Slattery avait lui aussi diffusé quelques photos sans grand succès, la diffusion de Maloof lui vaut nombres de réponses s’interrogeant sur l’auteur des photos, s’extasiant sur leurs qualités, etc…

Un certain Allan Sekula, photographe, écrivain et surtout théoricien reconnu de la photographie les remarque, en fait l’acquisition de quelques-unes mais surtout, il conseille à Maloof de ne plus les vendre et de faire un vrai travail de fonds sur ces photos et sur leur auteur.

Je n’ai pas réussi à démêler l’ordre véritable des choses mais John Meyerowitz est interrogé et considère tout de suite les photos comme dignes d’un grand intérêt.

John Meyerowitz

Maloof commence alors ses recherches et procède au rachat des boites de Ron Slattery pour arriver à posséder près de 100.000 tirages ou négatifs (surtout des négatifs puisqu’il semblerait que seuls 7000 tirages aient été faits du vivant de Vivian Maier)

Il trouve le nom de Vivian Maier dans les cartons mais ne trouvent aucune trace sur Google.

Dans le désordre, interviennent la création d’un blog (sur Flickr) où paraissent une vingtaine de photos de Maier, des retours dithyrambiques, la trace enfin en avril 2009 de Vivian Maier grâce à un avis de décès que les fils Gensburg ont fait paraître dans le Chicago Tribune et le début d’une enquête toujours en cours sur les traces de Vivian Maier.

Des contacts avec la famille Gensburg, avec les personnes susceptibles de l’avoir connue, le scanner des négatifs, l’inventaire de ses cartons, etc…

Chez les Gensburg, on aurait entre autres souvenirs, retrouvé 700 pellicules couleurs non développées et 2000 noirs et blancs, des k7 audio, des films super8 et 16mm !

Même si le Moma (notamment) refuse les photos au motif qu’elles n’ont pas été tirées et choisies par leur auteur, une première exposition à lieu en Norvège puis une autre qui rencontre un succès considérable en janvier 2011 au Chicago Culturel Center (lieu associatif).

Le Chicago culturel center aujourd’hui

La route du succès est ouverte…

Un film réalisé par Maloof et Charlie Siskel « A la recherche de Vivian Maier » conte les débuts de cette incroyable histoire, délivre des avis très divergents sur la personnalité de Maier et contribue plus encore à sa renommée posthume.

Ce film est primé aux Oscars 2014.

Depuis le succès grandit, les polémiques aussi…

Il ne m ’appartient pas (et je n’en ai pas les compétences) de les démêler mais outre la véritable personnalité de Vivian Maier (sensible, sociopathe, accumulatrice compulsive), on s’interroge sur ce qu’elle aurait souhaité et pensé de cette renommée, aurait-elle voulu montrer toutes ses photos alors qu’elle les avait « cachées » toute sa vie durant, Maloof et Goldstein (désormais propriétaire des 40.000 négatifs qu’il a racheté – le petit malin – à Randy Prow au printemps 2010), qui sont les véritables propriétaires des photos, ont-elles leur place dans les musées, quelle est la valeur exact du travail de Maier (140.000 photos, on en connait juste quelques centaines), est-ce son travail ou son histoire qui font son succès actuel, etc… ?

Parions que l’Histoire de Vivian Maier n’a pas fini de nous intéresser !

Il n’en reste pas moins que s’il ne faut pas nier l’intervention de Maloof et Goldstein dans le choix et la qualité du tirage (notamment des contrastes) des photos aujourd’hui diffusées, celles qui nous sont proposées montrent une grande qualité dont je suis persuadé que Vivian Maier avait parfaitement conscience…

Perso, bien sûr les autoportraits, bien sûr le jeu des miroirs, bien sûr l’intérêt pour l’enfance, celui pour les faits divers, pour les infortunés, pour la jet-set, bien sûr la street-photography, bien sûr une ébauche de féminisme, un intérêt certain pour la communauté noire dans une période de ségrégation raciale, mais j’apprécie vraiment un sens du cadrage et de la composition extraordinaires.

Et si je ne devais retenir qu’une chose du travail (connu et inconnu) de Vivian Maier, ce serait :

Utilisons la photographie comme un amusement, comme un outil pour développer notre curiosité et si nous avons envie de prendre une photo, faisons-la !!!

Pour aller plus loin dans la découverte de Vivian Maier, je vous conseille :

Le site officiel (John Maloof) = http://www.vivianmaier.com/

Le site de l’association Vivian Maier et le Champsaur = http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr/pages/les-actions-de-nom-structure.html

Deux livres biographiques sur Vivian Maier, celui d’Ann Maarks « Enquète sur une femme libre » aux éditions Delpire et celui de Gaelle Josse « Une femme en contre jour » aux éditions Noir et Blanc

A très bientôt pour la découverte d’un autre grand personnage de la photographie…

Et n’oubliez pas de vous abonner !

3 Comments on “VIVIAN MAIER – lA PLUS CELEBRE INCONNUE DE LA PHOTOGRAPHIE

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